L’enfant, la création du couple parental, la modification du couple conjugal
La naissance de l’enfant contribue à une modification radicale et profonde du couple qui jusqu’ici était sans enfant. Cette naissance crée de facto le couple parental, qui prend une place conséquente par rapport au couple conjugal préexistant. Par la même occasion, les parents des deux partenaires du couple deviennent grands-parents. L’enfant peut découvrir qu’il est un enfant adopté, voire que ses deux parents sont de même sexe. À l’extrême, l’un des parents est trans-genre, voire les deux. Une autre singularité, beaucoup plus fréquente, concerne les familles monoparentales. Enfin, dans les familles recomposées l’enfant est confronté à de nouveaux couples parentaux qui diffèrent de son couple parental d’origine.
Il arrive que les conjoints se séparent à la naissance du premier enfant, voire du second. La disparition du couple conjugal ne signifie pas celle du couple parental, qui peut se développer pour peu que les parents continuent à se parler et échanger de manière constructive à propos de leur(s) enfant(s). Un tel processus contribue à l’existence du self social de l’enfant, à savoir la partie de soi qui circule chez autrui (William James). Dans les cas moins heureux, l’enfant peut devenir l’enjeu de conflits entre ses parents, ce qui peut contribuer à l’apparition du syndrome d’aliénation parentale, voire de troubles border line, ou personnalité limite. Ces troubles peuvent être mis en relation avec des loyautés invisibles (Boszormenyi-Nagy Ivan & Spark Géraldine) qui asservissent les parents à des membres de leurs familles d’origine qui ont été ostracisés, oubliés, déniés, exclus.
Les comportements d’attachement du nouveau-né génèrent des interactions spécifiques avec chacun des deux parents. Il s’ensuit l’apparition d’un « triangle primaire » (Elisabeth Fivaz-Depeursinge & Antoinette Corboz-Warnery), avec l’existence d’une grande variété de pathologies de l’attachement.
On peut observer par ailleurs des effets de couplage entre jumeaux, entre frère et sœur, entre un enfant et un parent, un grand-parent, etc.
D’un point de vue clinique et thérapeutique, l’enfant et le couple nous renvoient à de nombreuses situations :
- L’enfant roi, l’enfant tyran, parentification : l’enfant devient le parent de ses parents (Franc Nathalie & Haïm Omer)
- Défaillances parentales (enfant élevé par les grands-parents) ; défaillances familiales (interventions sociales et judiciaires ; enfant placé).
- Pathologies mentales de l’enfant : spectre de l’autisme, trouble envahissant du développement, trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, schizophrénie infantile.
- Pathologie mentale chez l’un des parents, voire les deux.
- Addictions.
Ces pathologies ont un impact important, voire considérable sur les membres sains de la famille et nécessitent des interventions thérapeutiques spécifiques qui s’éloignent bien souvent des standards classiques des thérapies familiales.
Intervenant·e
Jacque MIERMONT est Psychiatre, thérapeute familial Président de la SFTF. Auteur de plusieurs ouvrages dont, « Le dictionnaire des thérapies familiales », « L’homme autonome », « Psychose et thérapie familiale », « L’écologie des liens ».